Skip to content
PodcastsLe grand invité Afrique

Le grand invité Afrique

Le grand invité Afrique
Latest episode

382 episodes

  • Le grand invité Afrique

    J-100 avant les JOJ Dakar 2026: «Les travaux sont achevés sur la plupart des sites olympiques»

    2026-07-23
    Dans exactement 100 jours sera donné le coup d'envoi des Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar 2026. Premier événement olympique organisé en Afrique, sportif bien sûr, mais qui dépasse le simple cadre des terrains. La mobilisation et l'engagement de la population, la découverte de disciplines et l'incitation à la pratique sportive dès le plus jeune âge sont les autres enjeux de ces JOJ qui auront lieu du 31 octobre au 13 novembre. Infrastructures, recrutement des volontaires, futur parcours de la flamme. Où en sont les préparatifs ? Ibrahima Wade, le coordonnateur général du Comité d'organisation, est le Grand Invité Afrique. Il fait le point avec Christophe Diremszian.
    RFI : Plus que 100 jours avant le coup d'envoi des JOJ 2026, où en est la préparation et la livraison des sites de compétition ?
    Ibrahima Wade : La préparation se passe bien. Tout ce qui devait être testé a déjà démarré. Pour parler spécifiquement des sites de compétition, sur les douze sites olympiques, quatre faisaient l'objet de travaux de réhabilitation ou de construction. Sur la plupart d'entre eux, aujourd'hui, les travaux sont achevés. Il s'agit notamment du stade Iba Mar Diop, de la piscine olympique du Tour de l'Œuf et du centre équestre. Le seul site sur lequel nous avons encore un suivi à faire concerne le village olympique qui est au niveau de l'université Amadou Mahtar Mbow, où en plus des six bâtiments qui devaient être construits, il a été question de faire une remise à neuf des sept bâtiments qui étaient occupés par les étudiants jusqu'ici. Ils ont été libérés, il y a de cela bientôt un mois. Une date est programmée pour finir les travaux, exactement le 31 juillet 2026.
    À Dakar et dans le reste du Sénégal, sentez-vous que la mobilisation et l'intérêt pour ces Jeux ont monté d'un cran ces dernières semaines ?
    Oui, on le sent. Il y a une ambiance qui monte aujourd'hui, à la fois en termes de ferveur, mais aussi en termes de partenaires qui s'impliquent, que ce soit la ville de Dakar, les communes de Diamniadio et de Saly. Il y a également toutes les autres communes à travers des programmes comme le Brevet olympique, civique et sportif qui nous ont permis de toucher l'ensemble des établissements scolaires du pays auprès de plus d’un million d'élèves. Nous avons également engagé des partenariats forts à travers les collectivités territoriales qui ont été visitées, notamment avec la caravane Diambar 2026 qui est l'appel à l'inscription aux volontaires. Cela se présente bien et nous sentons qu'aujourd'hui, de plus en plus de personnes, de partenaires, tapent à nos portes pour dire quel est le rôle que nous pouvons jouer.
    Ces volontaires durant les Jeux, ils seront quelques 6 000. Combien de candidatures avez-vous reçues ? Est-ce que cela a finalement dépassé vos espérances ?
    Près de 24 000 personnes se sont enregistrées. Ces personnes sont issues de 107 pays. Sur le total des candidatures, des personnes qui ont demandé à devenir volontaires ; nos équipes ont conduit le processus d'interview pour exactement 11 100 personnes. C'est à la fois réconfortant, mais cela montre aussi l'engouement et l'intérêt que suscitent les JOJ Dakar 2026.
    La billetterie vient d'ouvrir pour ces Jeux. Comment fonctionne-t-elle concrètement ? Combien de billets vont être mis à disposition ? Est-ce que toutes les catégories de population, y compris les plus défavorisées, pourront accéder au site ?
    Le comité d'organisation s’attend, globalement, pour toutes les sessions, depuis la cérémonie d'ouverture, jusqu'à toutes les compétitions sportives, à environ 1 million de personnes. Sur la base de ces estimations, nous avons mis sur le circuit 800 000 billets Sur ces 800 000 billets, 300 000 billets seront destinés au programme Jeunesse en jeu. C'est un programme qui permet de mobiliser 300 000 élèves à travers tout le pays, y compris dans le Sénégal des profondeurs. Ils auront accès à de la billetterie gratuite pour participer à des activités, non pas seulement aux compétitions, mais aux activités d'animation culturelle et d'exhibitions sportives également. 300 000 autres billets seront mis gratuitement sous réservation à travers des structures comme les collectivités locales, comme les associations ou les mouvements pour les organisations sportives, pour permettre également à cette catégorie de pouvoir y accéder. Et il reste un volant de 200 000 billets qui seront mis en vente à des tarifs extrêmement abordables. Pour les sessions sportives, c'est entre 1 000 francs CFA et 3 000 francs CFA.
    Le temps fort de l'avant-jeu, ce sera évidemment l'allumage de la flamme à Athènes, le 10 septembre prochain. Elle arrivera au Sénégal le 12, avant le début de son parcours. En tant qu'organisateur et ancien athlète olympien, comment abordez-vous cet événement ?
    C'est un moment que nous attendons avec énormément de plaisir. Ce sera un grand moment de rencontre entre l'olympisme et le Sénégal des profondeurs, avec les populations et avec la jeunesse du Sénégal. Nous avons prévu de visiter les 14 régions. Ce sera un grand moment émouvant pour moi, pour tout le monde, pour le Sénégal entier. C'est peut-être le premier pas qui nous connectera à la réalité des Jeux, mais ce n'est pas le seul moment. Un autre grand moment à venir, sera la cérémonie d'ouverture, suivie d'autres grands moments, que seront les compétitions sportives.
    À 100 jours des JOJ, l'organisateur que vous êtes depuis longtemps, ressent-il plus que jamais la pression de la réussite de ces premiers jeux organisés en Afrique ?
    La pression, elle est là, je dois l'avouer, elle monte. Quand nous étions à 1 000 jours, on se disait que le temps était devant nous. Quand nous étions à 365 jours, soit un an, nous disions que le temps était devant nous. Aujourd'hui, à 100 jours, la pression monte, mais elle monte pour montrer une ferveur positive et heureuse. Il est évident que l'anticipation a été la règle dans tout ce que le comité d'organisation a fait jusqu'ici. Et justement, parce que les anticipations ont été faites dans les temps, nous savons, aujourd'hui, que ce moment est attendu avec beaucoup de plaisir ; pour montrer au monde entier, et à toute la communauté olympique, ce que le Sénégal sait faire, comment le Sénégal s'apprête à accueillir la jeunesse du monde pour cette première sur le continent africain, dans le plus grand esprit de solidarité et surtout d'amitié, d'excellence et de respect.
    À lire aussiJOJ à J‑100: «Toute une société se mobilise derrière Dakar 2026», selon le CIO
  • Le grand invité Afrique

    Exploitation minière en Guinée: «Le projet de Simandou doit être accompagné d'une politique sociale»

    2026-07-22
    C'est l'un des plus grands projets miniers au monde, porté par des investissements de près de 20 milliards de dollars. L'exploitation du gisement de fer de Simandou, en Guinée, a été lancée en novembre dernier. Des promesses de croissance économique. Mais qui doivent s'accompagner de retombées concrètes pour les populations, pour ne pas reproduire la situation de Boké. Zone d'exploitation de la bauxite où le manque de services de base se fait régulièrement sentir. C'est l'une des conclusions d'un rapport que vient de publier le Timbuktu Institute de Dakar, intitulé Au-delà de Simandou - La Guinée, une fragilité à plusieurs visages. Pour en parler, son directeur régional Bakary Sambe est notre invité. Il répond aux questions de Magali Lagrange.
    RFI : L'exploitation du gisement de fer de Simandou est lancée. Est-ce qu'elle peut faire décoller la Guinée ?
    Bakary Sambe : Oui, les attentes économiques autour de cette exploitation sont quand même considérables. On anticipe aujourd'hui, avec la Banque mondiale, une croissance guinéenne parmi les plus élevées du continent. Le risque qui a été identifié dans cette étude n'est donc pas que Simandou échoue économiquement. Le risque, c'est que la réussite macroéconomique du projet masque, comme à Boké [région de l'ouest de la Guinée qui concentre de fortes réserves de Bauxite, NDLR], un dénuement local assez persistant. C'est cette tension entre promesse macroéconomique et attente locale immédiate qui constitue le véritable test politique de Simandou dans les prochaines années.
    Qu'est-ce qu'il faut dans cette région pour satisfaire les populations. De quoi ont-elles besoin ?
    Les populations ont besoin d'hôpitaux, d'écoles, d'infrastructures. C'est la redistribution rapide et visible de la richesse, ce qui n'est pas évident. Et ce qu'on voit dans les chiffres annoncés, c'est qu’une croissance est attendue. Mais d’un autre côté, on ne dit pas la manière dont cette croissance sera partagée, comment cette zone-là va bénéficier, immédiatement et directement, des retombées de Simandou et des ressources qu’elle génère. Bref, il s'agit de tout un ensemble de demandes en termes de services sociaux de base dont la Guinée manque cruellement, notamment dans les régions fragiles de Kankan et de Nzérékoré, où le minerai est certes là, où les promesses sont quand même assez importantes, mais où les résultats sont attendus par la population.
    Vous avez cité l'exemple de Boké, qui est une zone d'exploitation de bauxite. Quel bilan fait-on là-bas et quelle est la situation aujourd'hui dans cette zone ?
    Dans le rapport, nous parlons de Boké comme le laboratoire du paradoxe minier. Boké détient à elle seule près des deux tiers des réserves de bauxite guinéennes, mais souffre en même temps d'un déficit criant en routes, en eau, en électricité, en infrastructures éducatives, et les routes se dégradent à chaque saison des pluies. Des explosions de colère s'y succèdent depuis près d'une décennie, avec récemment des émeutes pour le retour de l'eau et de l'électricité qui ont fait un mort et une trentaine de blessés. En décembre 2025, la grève des enseignants a dégénéré, et je crois que c'est le signe que la colère sociale à Boké se retourne désormais aussi vers des catégories locales, au-delà du seul État ou des compagnies minières.
    Qu'est-ce qu'il faut faire pour que les retombées soient plus palpables et que les richesses soient mieux redistribuées ? Qu'est-ce qui manquait jusqu'ici ?
    Ce qui manque - au-delà des discours de souverainisme sur une emprise annoncée de l'État et des Guinéens sur leur propre richesse - c’est de gérer cette fragilité plurielle, notamment dans des zones minières. Rappelons que Simandou se trouve dans les zones les plus fragiles en termes de velléités ethniques et qu’aujourd’hui, si le projet Simandou n'est pas accompagné d'une politique sociale définie qui puisse, à moyen terme, générer des retombées concrètes pour les populations, alors Simandou ne pourra pas effacer les fragilités structurelles de la Guinée. L'autre recommandation est de considérer que cette fragilité en Guinée a plusieurs visages. La situation n'est pas identique selon qu'on soit à Ratoma [près de la capitale, Conakry, NDLR], à Dalaba [dans le centre-ouest du pays, NDLR], à Boké, ou ailleurs. Il faut désormais une approche différenciée de cette fragilité structurelle en Guinée afin de répondre aux besoins spécifiques de toutes les régions.
    Une autre fragilité que vous identifiez dans le rapport, c'est la situation politique en Guinée. Certes, dites-vous, il y a eu un retour à la normalité institutionnelle avec les élections de fin d'année. Mais vous estimez que tout cela reste encore fragile.
    Oui, il y a en Guinée un changement de statut, plus qu'un changement de nature du pouvoir. Le retour à l’ordre constitutionnel a modifié le statut juridique de la Guinée, du pouvoir, sans transformer les pratiques. Par exemple, l'interdiction des manifestations est en vigueur depuis mai 2022. On voit que les partis politiques et les médias indépendants ont été suspendus. Et le point le plus sensible aujourd’hui, à mon avis, reste les disparitions et d’autres phénomènes qu'on voit en Guinée, qui montrent qu'il y a une fermeture de l'espace civique qui n'est pas seulement anecdotique. Elle prive les mécanismes informels de médiation, comme le travail des sages ou des leaders religieux, de leur capacité à dialoguer avec un État perçu, jusqu'à présent, comme étant un État qui réduit les libertés et les droits des citoyens. La Guinée, de manière générale, ne peut pas être aujourd'hui seulement analysée avec Simandou et toutes les promesses économiques. Il faut une politique d'inclusion sociale, et l'un des sujets les plus importants aujourd'hui en Guinée, c'est la question de la cohésion sociale.
    À lire aussiSimandou: miracle ou mirage pour l'économie guinéenne?
  • Le grand invité Afrique

    Soutien de Diomaye Faye à Macky Sall pour la direction de l'ONU: «Il construit une grande coalition politique»

    2026-07-21
    Le Sénégal soutient officiellement la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies. Elle n'avait pas été soumise par son pays, mais par le Burundi, qui assure la présidence tournante de l'Union africaine. L'annonce intervient 3 jours après la visite de Macky Sall à Dakar, la première depuis qu'il a quitté le pouvoir en 2024. Il avait alors été reçu par son successeur Bassirou Diomaye Faye. Une visite, sur fond de rivalité entre l'actuel chef de l'État et son ancien Premier ministre Ousmane Sonko. Pour en parler, notre invité ce matin : Papa Fara Diallo, maitre de conférences en sciences politiques à l'université Gaston Berger de Saint-Louis.
    RFI : Comment expliquer le soutien de Bassirou Diomaye Faye à la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies ?
    Papa Fara Diallo : C'était prévisible, parce que la première fois que le président de la République Bassirou Diomaye Faye s'est prononcé sur cette candidature, il avait posé sur la table des problèmes d'égo. C'est-à-dire qu’il n'est pas venu lui parler directement de cette candidature alors qu'il est le chef de l'État du Sénégal. Et que si sa candidature n'est pas portée par le Sénégal, cela risque un peu d'entacher cette candidature. Il avait dit qu'il avait appris l'information venant d'autres chefs d'État. Il s'attendait à ce que le président Macky Sall vienne directement lui parler de cette candidature pour espérer son soutien. C'est la raison pour laquelle il n'avait pas soutenu cette candidature au niveau du sommet de l'Union africaine.
    C'est donc la visite à Dakar de Macky Sall qui a permis ce soutien ?
    Oui, c'était d'abord pour satisfaire cette demande du président de la République. Mais l'autre chose qui a facilité cette visite, c'est que le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, est dans la logique de construire une grande coalition autour d'une majorité présidentielle. Et il est en train de ratisser large, c'est-à-dire de recruter des militants, des maires de l’APR - dont le président Macky Sall reste toujours le président du parti - mais aussi au niveau du PDS, le Parti démocratique sénégalais. En témoigne sa rencontre très récemment avec M. Karim Wade au Qatar.
    Bassirou Diomaye Faye a donc à gagner, en retour, des soutiens politiques pour ce nouveau parti, dont il va d'ailleurs annoncer normalement le nom dans les prochains jours ?
    Oui, le 25 juillet. Depuis la rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre Ousmane Sonko, Bassirou Diomaye Faye est dans une stratégie en trois mouvements : le débauchage des responsables du parti Pastef dont il a revendiqué la paternité de la structuration en tant que secrétaire général et responsable du mouvement des cadres, la constitution d'une large coalition autour de sa personne et du parti politique qu'il va mettre en place, et la « dé-sonkorisation » de l'administration publique et du gouvernement.
    Ce soutien à la candidature de Macky Sall, c'est aussi un pas de plus dans la rupture avec Ousmane Sonko ?
    Oui, clairement, parce qu'il y a deux éléments. Le premier, c’est la justice pour les victimes de la répression entre 2021 et 2024, quand le président Macky Sall était au pouvoir. Le parti Pastef lui-même avait été dissous. Le président de la République et Ousmane Sonko, ancien Premier ministre, ont été mis en prison. Et le président Bassirou Diomaye Faye disait, dans un de ses discours, qu’il ne peut y avoir de pardon sans justice. L'autre élément, c'est la dette cachée et le déficit budgétaire. Quand ils sont arrivés au pouvoir, le président Bassirou Diomaye Faye avait dit : « On a trouvé le pays au quatrième sous-sol. » Ousmane Sonko, aussi, avait confirmé cela. Et donc, voir que Macky Sall, on lui a déroulé le tapis rouge au palais de la République, c'est quelque chose que le parti Pastef digère très mal. Et par conséquent, Ousmane Sonko digère très mal cela.
    Pour la base de ses électeurs, ce positionnement, ce soutien apporté à Macky Sall, peut-il être vu comme une trahison, pour certains ?
    Oui, clairement. En posant ce genre d'acte, il est en train de mettre de l'eau dans le moulin de ces critiques. Et donc de renforcer la critique du parti Pastef à l'égard d'un président de la République qui avait pris des engagements qu'il est en train de fouler aux pieds à cause de considérations électoralistes. C'est quelque chose que l'opposition, notamment le parti Pastef, va utiliser.
    Est-ce que vous pensez que l'Alliance pour la République (APR) peut apporter son soutien à Bassirou Diomaye Faye et son nouveau parti ? Ou est-ce qu'ils seront davantage dans une position d'observation ?
    Une neutralité bienveillante de l'APR, mais aussi, probablement, un soutien formel. Parce qu'effectivement, le président Macky Sall reste toujours le chef du parti APR.  Sa visite au palais de la République peut donc se comprendre comme étant un soutien tacite. Mais on ne sait pas. D'ici les prochaines élections locales, le président de la République va demander un avis au Conseil constitutionnel pour le couplage des élections locales et législatives en 2027. Parce qu'il y a de fortes chances que l'Assemblée nationale soit dissoute au début du mois de décembre, il voudrait avoir le soutien explicite de l’APR. Le président Bassirou Diomaye Faye cherche à construire une large majorité présidentielle et pour cela, il a besoin des soutiens de partis qui ont exercé des mandats présidentiels.
    Pour Macky Sall, est-ce que ce soutien de Bassirou Diomaye Faye, c'est une victoire ? Est-ce que cela peut marquer un tournant dans sa campagne pour le secrétariat général des Nations unies ?
    Oui, c'est un soutien qui est de taille. Mais je ne pense pas que cela soit un soutien qui va fondamentalement changer la donne. L'Union africaine n'a pas soutenu officiellement la candidature du président Macky Sall. Le président Bassirou Diomaye Faye, aussi, a attendu trop longtemps. Mais dans tous les cas, le président Macky Sall avait besoin d'avoir le soutien de son pays où il a été président pendant 12 ans. Cela peut avoir une influence. Mais l'influence, pour moi, ne sera pas une influence décisive.
    À lire aussiLe Sénégal apporte son soutien à la candidature de l'ex-président Macky Sall au secrétariat général de l'ONU
  • Le grand invité Afrique

    Bergès Mietté: «Le Gabon s'inscrit résolument dans une trajectoire de continuité affichée et assumée avec la France»

    2026-07-20
    Le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema entame le 20 juillet à Paris sa visite d'État en France. Petit pays pétrolier niché au cœur de l'Afrique centrale et riche de plusieurs ressources – notamment minières –, le Gabon entretient depuis toujours une relation privilégiée avec la France, loin de pâtir des volontés de réajustements de certains axes de coopération entre Paris et le continent. Bergès Mietté est enseignant de sciences politiques à l'université internationale de Libreville et analyse cette exception gabonaise dans la politique africaine de la France.
    RFI : Le président Brice Clotaire Oligui Nguema est à Paris pour une visite d'État de trois jours. Est-ce pour vous la preuve qu'entre Libreville et Paris le ciel est sans nuages ?  
    Bergès Mietté : Effectivement, le ciel est sans nuages entre Libreville et Paris depuis le coup d'État [en août 2023 contre le président Ali Bongo Ondimba, NDLR] d'ailleurs. Donc, cette visite consacre l'idée selon laquelle tout va très bien entre les deux États.
    Comment analysez-vous le choix de Paris de placer justement cette séquence diplomatique sous le sceau de la visite d'État ? Ce qui est quand même, il faut le rappeler, le plus haut niveau protocolaire pour des visites de ce type…
    Vous faites bien de le mentionner, parce qu'au mois de mai 2024, Brice Clotaire Oligui Nguema, alors président de la transition, avait effectué une visite officielle à Paris. La différence, c'est que cette visite est effectivement une visite d'État, puisqu'elle s'inscrit au lendemain de l'élection présidentielle d'avril 2025, ayant porté officiellement Brice Clotaire Oligui Nguema à la magistrature suprême. C'est une première du genre depuis les élections qui ont suivi le renversement d'Ali Bongo. 
    Contrairement aux gens du Sahel, qui ont rompu de manière brutale avec Paris, le Gabon reste, lui, désireux de maintenir une relation fluide avec la France. Comment expliquez-vous cette exception gabonaise dans la politique africaine de la France ?
    Ce qu'il faut dire, c'est que depuis le coup d'État sans rupture préalable, le Gabon s'inscrit résolument dans une trajectoire de continuité affichée et assumée avec la France. Le Gabon se distingue des trajectoires d'autres États ayant enregistré des coups d'État sur le continent africain par l'absence d'une séquence de rupture avec la France. Le président de la transition avait été reçu en grande pompe par Emmanuel Macron fin-mai 2024. Peu de temps après, au mois de novembre 2025, Macron est venu personnellement saluer la fin de la transition à Libreville. Donc, il est vrai qu'à la différence d'autres États africains, notamment ceux de l'Afrique de l'Ouest, le Gabon n'est pas en proie au terrorisme pouvant justifier une coopération militaire de substitution de la France. C'est pourquoi je pense, par hypothèse, qu'en Afrique subsaharienne, l'insécurité pousse à chercher des partenaires alternatifs.
    Sur les sujets qui pourraient intéresser le Gabon, il y a les suites à donner à la politique très volontariste et même souverainiste du président Oligui, qui prône sur les matières premières plus de transformation locale, notamment avec le manganèse opéré avec le géant français Eramet. Y a-t-il des attentes précises sur ce point ?
    Oui, je pense que c'est l'un des trois principaux enjeux de la visite du président gabonais à Paris. Il s'agit de l'enjeu ferroviaire et minier, en particulier le projet de réhabilitation du Transgabonais, qui s'étend sur environ 700 kilomètres reliant les communes d’Owendo et de Franceville. Il s'agit pour le Gabon d'un projet vital pour l'économie nationale, car, comme vous le savez, c'est par ce chemin de fer vieillissant que transitent au quotidien l'essentiel des ressources naturelles du pays vouées à l'exportation. Pour financer ce vaste projet de modernisation, le Gabon a effectivement besoin des capitaux étrangers. Et l'une des raisons de cette visite du président gabonais, c'est justement de voir dans quelle mesure, avec le soutien naturellement de la France, le Gabon pourra mener à terme ce vaste projet de développement. Et comme vous l'avez rappelé, il y a effectivement l'ambition affichée par les autorités gabonaises de transformer localement certaines ressources, en particulier le manganèse qui est exploité depuis la fin des années 1960 par le groupe Eramet. Cette question avait justifié, si j'ai bonne mémoire, la présence du président français au Gabon. Et ce sera l'occasion, lors de cette visite justement, de voir dans quelle mesure cette ambition-là pourra se concrétiser, puisque cette idée-là fait consensus au sein de la population gabonaise.
    La France, on le sait, a déjà acté le retrait de ses forces du camp de Gaulle qui a été rétrocédé à l'armée gabonaise. Mais, selon des sources proches de l'Élysée, il y a un nouvel accord de défense qui est en négociation et qui pourrait être signé pendant cette visite ou tout prochainement. Qu'est-ce qu'on peut en attendre ?
    Moi, je ne parlerai pas de retrait des troupes françaises stationnées à Libreville. Il s'agit plutôt d'une politique de restructuration puisqu'il est vrai que les effectifs ont été réduits mais les troupes françaises sont encore stationnées à Libreville. Peut-être pas dans les mêmes proportions, mais elles y sont toujours. L’un des enjeux de cette visite officielle du président gabonais à Paris, c'est justement de voir dans quelle mesure on peut réorganiser ce dispositif français dans la sous-région d'Afrique centrale, dans un contexte, vous l'avez si bien dit, marqué par des critiques acerbes et par le rejet de la politique africaine de la France, notamment dans les pays de l’Alliance des États du Sahel [Burkina Faso, Mali et Niger, NDLR].
    Pensez-vous que le président Oligui va profiter de cette visite d'État pour solliciter des autorités françaises un soutien dans les tractations en cours pour la restructuration avec le Fonds monétaire international (FMI) de la dette gabonaise ?
    Oui, je pense, parce que le président, lors de son adresse devant les parlementaires réunis en congrès le 30 juin dernier, a clairement indiqué que le Gabon avait acté la présence du FMI à Libreville. Et je pense que, au regard des relations historiques avec la France, cette question-là fera l'objet du débat.
    À lire aussiGabon: les enjeux de la visite du président Brice Oligui Nguema en France
  • Le grand invité Afrique

    Rencontre Diomaye Faye-Macky Sall: «Le président est dans une posture politique où il cherche des alliés»

    2026-07-17
    L'actuel chef de l'État sénégalais Bassirou Diomaye Faye reçoit vendredi 17 juillet son prédécesseur Macky Sall, candidat déclaré au poste de secrétaire général des Nations unies. En quête de parrainages, Macky Sall cherche des soutiens, dans un contexte politique marqué par l'accentuation de la rivalité entre Bassirou Diomaye Faye et le président de l'Assemblée nationale Ousmane Sonko. La rencontre pourrait aussi masquer des enjeux de politique interne à Dakar. Moussa Diaw, professeur émérite de sciences politiques à l'université Gaston-Berger de Saint-Louis, analyse les enjeux de cette visite. Il est l’invité de Polycarpe Essomba.
     
    RFI : Est-ce que l'annonce de cette rencontre entre Bassirou Diomaye Faye, l'actuel président sénégalais, et son prédécesseur, Macky Sall, vous a surpris ?  
    Moussa Diaw : Oui, cela m'a surpris. Comme cela a surpris aussi beaucoup de Sénégalais. Le président Diomaye Faye avait exprimé son avis sur la candidature de l’ex-président Macky Sall, sur le fait qu'il n'avait pas été informé, qu'il n'a pas été sollicité pour un éventuel soutien. Donc, il avait une position sur cette candidature qu'il considérait comme ne le concernant pas.  
    Quels bénéfices politiques le président Diomaye Faye peut-il tirer du fait de recevoir Macky Sall ?  
    Le bénéfice politique, il est dans le fait que le président Diomaye cherche à créer un parti, un appareil politique. Et d'ailleurs, la date est annoncée : le 8 août, pour la campagne de lancement de ce parti. Il est donc dans une posture politique où il cherche des alliés, où il cherche à associer un certain nombre de leaders politiques qui pourraient lui permettre de renouveler son mandat, parce qu'il y pense et c'est ça, justement, l'objectif de ce point de vue-là. L'audience avec le président Macky Sall serait une occasion d'aborder cette question d'alliance entre le président Diomaye et le parti APR que dirige Macky Sall pour pouvoir mener une campagne électorale pour les élections locales, législatives, présidentielles en 2029.  
    Dans l'autre sens, quelle peut être la motivation de Macky Sall, au-delà de la question d'un possible soutien à sa candidature à l'ONU ? 
    Macky Sall a quitté le pouvoir. Il avait soutenu Amadou Ba [ex-Premier ministre du Sénégal, NDLR] pendant la campagne présidentielle de 2024. Ce dernier n'a pas réussi. Son parti était devenu pratiquement orphelin parce qu'il n'y avait pas de numéro deux. L’APR souffre de l'absence de son chef qui est à l'extérieur, qui vit au Maroc. Ce qui fait que le parti était livré à lui-même. Et maintenant, ce retour pourrait permettre à ce parti-là de nouer des relations de coalition avec Diomaye qui va fonder sa formation. Cela lui permettrait d'abord d'accéder à des ressources. Vous savez, un parti qui perd le pouvoir, c'est aussi une perte de ressources, parce que la politique ici fonctionne par le clientélisme. Il faut avoir suffisamment de ressources pour pouvoir entretenir une clientèle politique.  
    Cette rencontre se tient dans un moment où le bras-de-fer entre Bassirou Diomaye Faye et l'ex-Premier ministre Ousmane Sonko, actuel président de l'Assemblée nationale et président du parti Pastef, bat son plein à Dakar. Est-ce que, du coup, Ousmane Sonko fait les frais de toutes ces manœuvres dont vous parlez, du rapprochement entre Diomaye Faye et Macky Sall ?  
    Ousmane Sonko est dans sa logique. Il a réussi à organiser son congrès et il est en train de mener un combat sur le terrain, dans la vente des cartes à ses militants, et il les exhorte à une remobilisation des forces pour pouvoir tenir les engagements qu'il avait pris devant les Sénégalais. Donc, oui, il y a cette rivalité de pouvoir, cette concurrence entre les deux leaders. Chacun cherche à se consolider dans l'espace politique sénégalais. Au niveau de l'opposition, elle s'est fragmentée... C’est pour cela que chacun d’eux se bat, c'est la raison pour laquelle ils cherchent à les rassembler, à créer une dynamique politique pour pouvoir constituer une sorte de rampe de lancement politique.  
    Pour vous, Ousmane Sonko n'a pas à s'inquiéter outre mesure de manœuvres qui sont orchestrées en ce moment autour du président Diomaye Faye ?  
    Je ne crois pas, pour la simple raison que sa popularité n'est pas affectée. Son dernier voyage, pour inaugurer la permanence de son parti à Touba, montre bien cette capacité de mobilisation, l'adhésion massive des jeunes à son parti, à sa personne. Tout cela montre qu'il a encore une popularité auprès des jeunes et des militants, et qu’ils sont attachés à sa personne.  
    Le venue de Macky Sall à Dakar fait aussi son lot de mécontents, notamment auprès des familles des victimes de la répression de l'ancien régime. Elles appellent à ne pas sacrifier « la mémoire à l'autel de la diplomatie ». Comment entendez-vous ces cris ?  
    C'est un cri de tristesse, un cri de désarroi. Ces familles ont perdu leurs enfants. D'autres ont eu des effets collatéraux sur leurs propres personnes, handicapées à vie. D'autres ont perdu leur emploi. Donc il y a eu beaucoup de victimes. Or, jusqu'à présent, la justice ne s'est pas prononcée sur ce dossier-là. Et Macky Sall, est considéré comme un responsable :  c'était lui le président de la République. Ces citoyens-là ne souhaitent pas la venue de Macky Sall. C'est ce qui fait que ce climat est lourd. Cette visite est contestée par ces organisations-là et par ces personnes qui sont des victimes des répressions qui ont eu lieu entre 2021 et 2024.
About Le grand invité Afrique
Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.
Podcast website