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Le grand invité Afrique

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    La Cédéao active sa «Force en attente»: «Il faut qu'on ait un minimum de coopération pour accroître le projet»

    2026-03-02
    Les chefs d'état-major de la Cédéao ont annoncé vendredi 27 février que 2 000 éléments feront partie de la Force en attente. Réunis à Freetown, en Sierra Leone, les commandants des forces armées des pays membres affichent une nouvelle fois leur volonté de lutter contre les groupes jihadistes qui foisonnent, principalement dans le Sahel. L'annonce de la mise en place de cette Force en attente n'est pas nouvelle. L'Ivoirien Arthur Banga, consultant en défense et sécurité, et maître de conférences à l'université Félix-Houphouët-Boigny d'Abidjan, est le Grand Invité Afrique de Sidy Yansané.
     
    RFI : La Cédéao annonce une nouvelle fois la mise en place de la fameuse Force en attente. Les annonces de ce genre se sont succédées au fil des années. Cette fois ci, selon vous, ce sera la bonne ? 
    Arthur Banga : C’est vrai que la Cédéao l’a annoncé plusieurs fois, sans véritable succès. Mais n'oublions pas que la Cédéao est quand même la seule communauté économique régionale à avoir implémenté réellement cet exercice de force multinationale à travers l'Ecomog, qui a rencontré des succès au Liberia, en Guinée-Bissau, même en Sierra Leone. Aujourd'hui, il s'agit maintenant de passer un nouveau cap car il y a une véritable prise de conscience de la part des Etats. Il y a aussi la pression des populations, surtout la pression des groupes terroristes qui commencent à taper fort dans les pays côtiers, notamment le Nigeria, le Bénin, le Togo. Ca impose que les présidents de la Cédéao réagissent énergiquement.
    Hormis le contexte actuel et la prise de conscience, comme vous dites, notez-vous des nouveautés dans cette annonce par rapport aux précédentes ?
    Pas réellement. Peut-être qu'il y a plus de concret sur le nombre d'hommes qu'on veut mobiliser. On est plus concret sur la volonté et sur le fait d'inscrire dans la doctrine militaire nationale la nécessité de participer à des opérations internationales. Mais la vraie bonne raison d'espérer, c'est le fait que certains pays intègrent désormais la capacité de participer à des opérations extérieures dans leur composition. C'est le cas de la Côte d'Ivoire, du Sénégal, même du Ghana, qui sont des pays qui montrent qu'ils ont la volonté aujourd'hui de participer à des opérations menées par la Cédéao. Ce n'est plus la seule affaire du pays, comme le Nigeria, qui prenait en général le leadership. Et dans le contexte aussi, il ne faut pas oublier l'échec de l'intervention militaire au Niger, qui a renforcé l’AES et fragilisé la Cédéao. Ça aussi, c'est un élément de contexte qui fait qu’on peut espérer des choses plus concrètes cette fois-ci.
    On s'attend à un contingent de 2 000 éléments. Quand on sait que la force française Barkhane en comptait plus du double et qu'elle n'a pas pu enrayer les groupes armés terroristes en huit ans de mission dans le Sahel, vous croyez que ces 2 000 éléments issus de différentes armées de la région peuvent faire la différence ?
    Ce chiffre de 2 000 est révélateur des difficultés à mettre ce genre de forces en position, car il faut déjà avoir des armées nationales qui sont prêtes, qui ont pour habitude de s'entraîner, des armées nationales qui sont en partie taillées pour opérer en contexte international. Ce n'est pas trop le cas aujourd'hui dans les différentes armées ouest-africaines. Donc vaut mieux commencer avec des ambitions réalistes et réalisables. Ça peut expliquer le chiffre relativement bas, qui représente environ deux bataillons. Il s'agira de voir quelle mission on donne à ces deux bataillons pour être plus efficace. Je pense à des missions de renseignement, de coopération, de formation et puis aussi des missions d'intervention sur des espaces précis. C'est quand même difficile de ramener 2 000 hommes supplémentaires au Nigeria, ça ne sert pas à grand-chose. Mais sur des espaces comme le nord du Togo, le nord du Bénin, 2 000 hommes appuyés par une escadrille internationale, ça peut valoir son pesant d'or opérationnel.
    Il y a une question primordiale : comment la Cédéao peut rendre cette force efficace sans la participation des pays de l'AES que sont le Mali, le Burkina Faso et le Niger sécessionnistes ?
    Aujourd'hui, la Cédéao est obligée faire preuve de réalisme, d'avancer sans ces pays, sinon elle ne va pas avancer sur certaines questions. Maintenant, naturellement, sur des questions comme le terrorisme, sur des questions aussi transnationales, à défaut d'opérer ensemble, il faudrait que la Cédéao et l’AES trouvent des mécanismes pour coopérer, ne serait-ce que pour l’échange de renseignements, pour faire naître un minimum d'efficacité. Si vous prenez en chasse des terroristes, par exemple en Côte d'Ivoire qui traversent la frontière du Burkina Faso ou du Mali, si vous n'avez pas la capacité de les poursuivre sur des territoires ou ne serait-ce que d'échanger le renseignement avec les armées maliennes ou burkinabè, vous voyez que tout le travail que vous faites en Côte d'Ivoire devient quasiment nul. C'est la même chose en termes de renseignement. Donc oui, c'est une difficulté, mais elle n'est pas insurmontable. Il faut maintenant qu’on ait un minimum de coopération pour pouvoir accroître l'efficacité du projet de la Cédéao.
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    Le «One Poet Show» du Sénégalais Souleymane Diamanka, entre humour et poésie

    2026-02-28
    L'humoriste et poète sénégalais Souleymane Diamanka joue en ce moment son spectacle à Paris : le « One Poet Show », création au croisement de la poésie et de l'humour. De sa voix grave, il nous éclaire de sa sagesse et nous conte l'origine du monde, son rapport à la culture hip-hop, à son père et à son village peul. Souleymane Diamanka est l'invité de Lisa Giroldini.
    Le « One Poet Show » de Souleymane Diamanka, à retrouver jusqu'au 28 mars au théâtre Le République à Paris.
    Samedi 28 février à 17:45
    Samedi 14 mars à 17:45
    Samedi 28 mars à 17:45
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    Terrorisme en Afrique: «Il faut accroître encore plus la surveillance» en ligne

    2026-02-27
    Alors que les chefs d'état-major des pays membres de la Cédéao doivent achever leur sommet vendredi 27 février à Freetown, en Sierra Leone, qu'en est-il de la lutte antiterroriste sur Internet ? Le recrutement de combattants se fait aussi en ligne, tout comme une bonne partie des activités criminelles, et l’intelligence artificielle, qui continue de se développer, apporte aussi son lot de difficultés pour les services de sécurité du continent. Comment les États africains se préparent-ils à cette lutte numérique ? Notre grand invité Afrique est l'Ivoirien Franck Kié, expert en cybersécurité et commissaire général du salon Cyber Africa Forum. Il répond aux questions de Sidy Yansané. 
     
    RFI :  Récemment, le chef du Bureau de cyberdéfense des forces armées de votre pays, la Côte d'Ivoire, affirmait que « les terroristes sont omniprésents sur le web ». Vous qui êtes à la tête du Cyber Africa Forum depuis bientôt dix ans, vous diriez que les États prennent enfin conscience du phénomène ?
    Franck Kié : Les États africains, en particulier depuis quelques années, se rendent compte de l'importance du phénomène qu'est la cybercriminalité et tous les risques liés à la cybersécurité de façon générale. Néanmoins, certains exemples très récents nous démontrent qu'il y a encore une marge de manœuvre assez importante en termes de mise en œuvre d'actions pour pouvoir être pleinement efficace et opérationnelle sur ce volet-là. Même si aujourd'hui on a de plus en plus d'information et de plus en plus de sensibilisation, des acteurs publics et privés tendent encore à penser, surtout en Afrique, que cette menace est encore assez éloignée d’eux. Au-delà de ça, il faut aussi continuer dans la formation du capital humain et puis surtout investir dans les infrastructures qui nous permettront de nous défendre. Au cours des dernières années, l'Afrique a quand même fait un bond qualitatif assez important sur le volet de la gouvernance, avec la mise en place dans plusieurs pays africains d’agences nationales de la sécurité des systèmes d'informations, d’agences de protection des données à caractère personnel et la régulation aussi qui les accompagne, avec des lois de lutte contre la cybercriminalité. Pour la cybersécurité, il faut maintenant aller encore un peu plus loin sur les autres volets cités précédemment.
    Quelle est votre analyse plus poussée sur l'état actuel de la lutte contre le terrorisme en ligne dans la sous-région ?
    Le biais numérique devient aujourd'hui un vecteur pour les crimes et les actions malveillantes. Donc, il faut accroître encore plus la surveillance. On peut voir qu'à travers la propagation des fake news, il y a un vrai aspect de lutte informationnelle sur le volet numérique. En plus de ça, avec l'émergence et la démocratisation de l'intelligence artificielle, on a un risque encore plus accru car ça donne encore plus de moyens à ces criminels pour arriver à leurs fins.
    Il y a aussi une filière qui, on le sait, est difficile à surveiller : celle de l'argent mobile. Les Africains sont champions mondiaux de l'emploi d'argent numérique. Plus de la moitié des comptes dans le monde sont en Afrique. En 2024, les régions Ouest et Est pesaient à elles seules pour près de 1 000 milliards de dollars de transactions d'après la GSM Association. Comment préserver ce service, tout en repérant les transactions criminelles et terroristes ?
    Les États, en accord avec les régulateurs et les opérateurs de télécommunications qui opèrent en général ce type de solution, essaient de mettre en place de plus en plus de mesures qu'on appelle des KWC (Know Your Customer), qui permettent de savoir qui est derrière le compte pour avoir une certaine traçabilité derrière les transactions. Là aussi, il ne faut pas que des jeunes se fassent instrumentaliser et donner leur identité afin que des personnes mal intentionnées puissent faire des transferts d'argent à travers leurs comptes.
    On sait que ces recrutements se déroulent beaucoup sur les réseaux sociaux. Comment se passe la coopération entre les États et les plateformes, les sociétés numériques, notamment les Gafam - plus puissantes multinationales des technologies de l'information et de la communication - pour lutter contre le terrorisme en ligne ?
    La relation n'est pas forcément toujours évidente car ces Gafam aujourd'hui sont tellement puissants qu'ils peuvent décider de ne pas répondre à un État ouest-africain dont le PIB est inférieur à leur valorisation boursière. D'où la nécessité de coopération qui permettrait ensemble d'être un levier plus important face à ces opérateurs. Il y a toujours la question légitime de ces plateformes qui se demandent à quel moment il s’agit de terrorisme ou de cybercriminalité et à quel moment c’est plutôt une forme de restriction de la liberté d'expression. Un exemple : le président français Emmanuel Macron lui-même révélait avoir reçu il y a quelques mois un message d'un de ses homologues africains s’interrogeant sur l’authenticité d’une vidéo générée par l'IA parlant d’un coup d'État en France. La présidence française a demandé à Facebook de retirer cette vidéo, elle a reçu une réponse négative. Je crois me souvenir que l’entreprise n'avait même pas répondu. Si même un État comme la France, dans son rapport de force avec ces Gafam, peut avoir ce type de réponse, je vous laisse imaginer la difficulté pour des pays moins puissants économiquement.
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    Madagascar «recentre sa diplomatie sur les besoins des Malgaches, en rupture» avec «l'ancien régime»

    2026-02-26
    Le président de la refondation de Madagascar a quitté Paris mercredi 25 février soir. Le colonel Michaël Randrianirina a rencontré Emmanuel Macron, à l'Élysée. Auparavant, il était reçu avec les honneurs par Vladimir Poutine à Moscou. Depuis la chute de l'ex-président Andry Rajoelina en octobre dernier, le commandant du Corps d'armée des personnels et des services administratifs et techniques montre des signes de rapprochement avec la Russie, mais sa visite parisienne dans la foulée montre que Madagascar ne veut pas rompre avec son partenaire historique. La politologue Christiane Rafidinarivo est chercheuse associée au Centre de recherches politiques de Sciences Po. Elle est la Grande invitée Afrique de Sidy Yansané. 
     
    RFI :  Le président de la Refondation, Michaël Randrianirina, achève une tournée qui l’a successivement mené à Moscou, où il a rencontré Vladimir Poutine, puis à Paris aux côtés d'Emmanuel Macron. « Grand écart diplomatique, numéro d'équilibriste », disent déjà les commentaires… Vous partagez cette analyse ? 
    Christiane Rafidinarivo : Le président de la Refondation de la République de Madagascar a toujours affirmé qu'il voulait mener une ligne diplomatique qui ne discrimine personne, qui ne cherche pas à rejeter d'emblée, par idéologie ou tout autre considération, un partenaire potentiel qui peut apporter quelque chose pour satisfaire les besoins de la population malgache, que l'on sait être dans une situation difficile.
    Il est vrai que Madagascar a toujours entretenu une relation privilégiée avec la France, mais la Russie est aussi un vieux partenaire. Finalement, voyez-vous vraiment une rupture dans la nouvelle diplomatie malgache ?
    En termes de partenariat, non, car la France est un partenaire de toujours. Et la Russie est un partenaire très ancien. Il me semble que Madagascar s’apprête à commémorer 55 ans de relation avec la Russie. Mais ce qui peut être qualifié de rupture, c'est ce recentrement de la diplomatie malgache sur les besoins immédiats des Malgaches. La vraie nouveauté est internationale, c’est le nouveau contexte géopolitique. Et c'est sans doute là que l'on peut mieux comprendre pourquoi on parle de renouvellement de partenariat. D'un côté, Madagascar affirme de nouvelles priorités tournées vers sa population, et d'un autre côté, tout cela se fait dans un contexte géopolitique qui a considérablement changé ces cinq dernières années justement.
    De son côté, la Gen Z, la société civile qui a principalement contribué à renverser l'ancien président Andry Rajoelina, dénonce une mise en scène diplomatique pour décrire la rencontre entre les présidents français et malgache à l'Elysée. Cette Gen Z, qui s'estime mise de côté, ne lui a-t-on pas volé sa révolution finalement, comme cela s'est vu dans d'autres pays d'Afrique où les militaires ont pris le pouvoir ? 
    Ce que je constate et que j'observe en tant que chercheuse, c'est que la Gen Z est en dialogue avec le ministère chargé de la Refondation, qui est un ministère d'Etat, et même avec le président de la Refondation lui-même. Certains éléments très connus de la Gen Z sont dans les cabinets ministériels et la Gen Z continue effectivement à avoir une participation politique très intéressante dans l'espace public, de façon à avoir une forme de politisation qui puisse lui permettre de participer à la concertation nationale qui est en cours, certes, mais également au débat public de façon constructive. Et c'est ce qu'elle fait. Ce qui est très nouveau, c'est la liberté d'expression, d'opinion, de manifestation. Il y a un renouveau de la participation démocratique à Madagascar. Pour la première fois de son histoire, et si cela se concrétise, la Grande Île aura une constitution qui n'aura pas été parachutée par des experts extérieurs et avec une poignée de Malgaches. Est-ce une vraie coopération ou un rapport de force masqué ? Auquel cas, il y aurait une forme de démocratie de façade.
    Le moratoire sur les permis miniers a été levé. Désormais, excepté pour l'or, les entreprises extractives ont le droit d'exploiter les richesses minières malgaches. Que dire de cette nouvelle politique industrielle et minière ? Constatez-vous de nouveaux partenaires ou des partenaires anciens signer des contrats ?
    Ce que les autorités disent souhaiter, c'est l'ouverture à la concurrence, et surtout que ce soit un marché ouvert aux Malgaches mêmes, chose rare auparavant. L’or a été mis de côté car le président de la Refondation a expliqué, au retour de ses voyages aux Émirats arabes unis notamment, qu'il souhaitait organiser un comptoir de l'or avec une régulation beaucoup plus institutionnalisée du secteur, qu’il ne soit pas un secteur réservé aux grands acteurs en oligarchie, et surtout préempté par les trafiquants. Quand on sait que la Banque centrale malgache a très peu de réserves d'or dans ses coffres, on comprend à quel point ce pays a été pillé.
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    Côte d’Ivoire: «La situation actuelle ne laisse pas beaucoup de choix sur les prix au Conseil café-cacao»

    2026-02-25
    Le Salon international de l'Agriculture a ouvert ses portes le week-end dernier, 21 et 22 février, à Paris. Pour cette 62e édition, c'est la Côte d'Ivoire qui est l'invitée d'honneur. Premier producteur mondial de cacao et de noix de cajou, le pays des éléphants est l'une des puissances agricoles d'Afrique de l'Ouest. Notamment en pourvoyant pour 40% de la production mondiale de cacao. Mais, depuis l'an dernier, les cours de l'or brun sont en chute libre. Conséquence : des milliers de tonnes d'invendus restent sur les bras des planteurs. La Côte d'Ivoire va-t-elle être obligée de vendre son cacao moins cher ? Pour en parler, le nouveau ministre ivoirien de l'Agriculture est ce matin notre Grand Invité Afrique. Bruno Nabagné Koné répond aux questions de Sidy Yansané.
    RFI : La Côte d'Ivoire est l'invitée d'honneur du Salon de l'agriculture de Paris cette année. Quels sont les principaux atouts de la production ivoirienne que vous comptez mettre en avant durant cet événement international ?
    Bruno Nabagné Koné : Aujourd'hui, la Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial de cacao et de noix de cajou, le premier producteur africain d'hévéa et dans le top 5 des pays africains producteurs de palmiers à huile, de coton, de karité, etc. Nous participons au Salon de l'agriculture depuis une trentaine d'années. Et cette année, nous avons eu le privilège d'avoir été désignés invités d'honneur. Nous sommes heureux de le représenter avec ce titre.
    Il y a une filière où vous n'êtes pas encore leader, mais qui a connu un véritable bond, c'est la filière avicole, la production de viande de volailles, qui a plus que quadruplé en une décennie. Une taxe sur les intrants de 9% vient d'être instaurée par les autorités ivoiriennes. Ne craignez-vous pas un ralentissement de cette filière en plein boom ?
    Il n'est pas anormal que la Côte d'Ivoire élargisse son assiette fiscale. Il faut savoir qu'aujourd'hui, nous sommes l'un des pays qui a le plus faible taux de fiscalisation dans la sous-région. Là où les instances de l'UEMOA recommandent entre 18 et 20 %, la Côte d'Ivoire est à 12-13 %. Il y a quelques années, nous étions encore très fortement importateurs de poulets et de volailles. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, la Côte d'Ivoire est totalement autosuffisante.
    Revenons sur la crise du cacao que traversent actuellement les planteurs ivoiriens. Les cours des prix à l'international ont drastiquement chuté, de nombreux producteurs peinent à trouver preneur. L'État ivoirien s'est engagé à racheter les stocks des invendus. Tout d'abord, où en est-on de l'acquisition par l'État ivoirien de ces stocks invendus ?
    Les enlèvements de fèves se font. 64 000 tonnes ont déjà effectivement été levées, il y a une quarantaine de milliers de tonnes en cours d'enlèvement, en collaboration d'ailleurs avec les organisations du secteur.
    Une initiative qui va soulager les planteurs. Mais du coup, comment l'État compte revendre ces stocks ?
    Ce sera le problème de l'État. Nous essayons de traiter cette équation avec deux grosses inconnues : équilibrer les finances du Conseil Café Cacao en faisant en sorte que les revenus des producteurs ne soient pas trop obérés.
    Selon votre prédécesseur, cette acquisition s'élèvera à 430 millions d'euros quand même...
    Peu importe la somme, le soutien de l'État a été assuré aux planteurs. Et il faut savoir que nous sommes dans un système de stabilisation. Une partie des ressources a été acquise au cours des bonnes années et reste toujours disponible dans les réserves du Conseil Café Cacao. Cela servira partiellement à traiter la question.
    M. le ministre, la semaine dernière, l'agence de presse Reuters annonçait que « la Côte d'Ivoire envisage de suivre l'exemple du Ghana en baissant le prix de son cacao ». Vous confirmez ?
    Des annonces seront faites par la Côte d'Ivoire dans les prochains jours. Mais je pense que tout esprit rationnel comprend que, dans la situation actuelle, le Conseil Café Cacao n'a pas beaucoup de choix devant lui.
    Des informations, des détails concernant cette baisse éventuelle ? Un pourcentage ? À quel moment arriverait-elle ?
    Une annonce sera faite dans les prochains jours par le Conseil Café Cacao.
    Pour la petite campagne ou pour la campagne principale de l'année prochaine ?
    La campagne de l'année prochaine va s'ouvrir le moment venu. Là, il s'agit de prendre une décision sur deux choses : le stock résiduel éventuellement de la campagne principale passée et le stock de la campagne intermédiaire.
    Le prix à 2 800 francs CFA le kilo de cacao est effectivement un prix record fixé par l'État ivoirien. À cela, on peut ajouter aussi le différentiel de revenu décent, qui est une sorte de prime minimale de 400 dollars sur la tonne de fèves attribuée aux planteurs. Le cacao ivoirien n'est-il pas trop cher finalement ?
    On ne peut pas parier sur l'avenir de ce secteur en sacrifiant ceux qui en sont à la base. Allez voir les planteurs ivoiriens, voyez dans quelles conditions ils vivent...
    Très précaires...
    Voilà ! Et vous allez comprendre qu'il y a quand même besoin de les soutenir d'une certaine façon. Et c'est pour ça que ce DRD a été décidé conjointement par le Ghana et la Côte d'Ivoire pour assurer ce minimum de revenu à nos paysans. Non, ça ne rend pas le cacao plus cher, tout simplement parce que le cacao ne représente que 6% du produit final que vous consommez ici en France, par exemple. Si ce produit final est dit cher, ce n'est certainement pas à cause de la matière première qui est le cacao.
    À lire aussiCôte d'Ivoire: le Conseil du Café Cacao à la rescousse de la filière cacao

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Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.
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Generated: 3/2/2026 - 10:21:41 PM