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Colère dans les villes du monde : les jeunes d’extrême-gauche anticapitalistes ne représentent pas la classe ouvrière et les classes populaires. Entretien avec le géographe et essayiste Christophe Guilluy.
2026-11-05 | 1h 12 mins.Le géographe et essayiste Christophe Guilluy poursuit sa réflexion sur les fractures qui traversent les sociétés occidentales. Auteur de L’Atlas des fractures françaises et de La France périphérique, il revient sur le concept de « Métropolia », au cœur de son plus récent ouvrage : une métaphore du modèle néolibéral qui, depuis les années 1980, a concentré les richesses, les emplois et le pouvoir d’influence dans les grandes métropoles. À ses yeux, cette concentration a progressivement creusé le fossé entre les catégories supérieures, les classes populaires et les classes moyennes, jusqu’à provoquer une profonde déconnexion entre ceux qui façonnent le discours public et ceux qui vivent les conséquences des choix économiques. « Un bocal qui n'est plus connecté à ce que j'appelle l'hinterland, finalement au travailleur, au pays », résume-t-il.
Cette fracture, Christophe Guilluy la voit aussi dans le débat politique, médiatique et culturel. Il estime que les élites, les journalistes et les intellectuels évoluent dans une même bulle, loin des préoccupations de la majorité ordinaire : pouvoir d’achat, travail, services publics, accès au logement et avenir des jeunes générations. Il analyse également les manifestations récentes, la colère sociale et le mouvement des Gilets jaunes, en mettant en garde contre une confusion entre le spectacle médiatique et la réalité des territoires.
Au-delà du constat politique et économique, l’entretien aborde enfin ce qui, selon lui, permet encore aux sociétés de tenir debout : le lien social, la solidarité, la famille et une forme de transcendance. À rebours des discours déclinistes, Christophe Guilluy refuse de voir dans les classes populaires le symptôme d’un effondrement moral ou culturel. Il y trouve plutôt des ressources que les grandes métropoles auraient perdues en faisant de la consommation l’horizon ultime de l’existence.
Pour de l’information concernant l’utilisation de vos données personnelles - https://omnystudio.com/policies/listener/fr« On ne peut pas dénoncer l'invasion russe de l'Ukraine, mais ne rien dire des exactions commises par Israël à Gaza ». Robert Malley, conseiller de trois présidents américains.
2026-10-22 | 1h 23 mins.Robert Malley a été conseiller de trois présidents américains — Bill Clinton, Barack Obama et Joe Biden — et a participé aux grandes tentatives diplomatiques visant à résoudre le conflit israélo-palestinien et à encadrer le programme nucléaire iranien. Son constat est sévère : « On ne peut pas dénoncer l'invasion russe de l'Ukraine, mais ne rien dire des exactions commises par Israël à Gaza ».
Élections de mi-mandat aux États-Unis, élections en Israël, guerre contre l’Iran, l’ancien haut responsable américain brosse le portrait d’un monde totalement bouleversé depuis le 7 octobre 2023.
Fils d’un intellectuel juif égyptien nationaliste arabe et pro-palestinien, Robert Malley a grandi dans un univers marqué par les mouvements anticolonialistes et les luttes de libération. Il rencontre Yasser Arafat alors qu’il est adolescent, il étudie avec le futur secrétaire d’État, Anthony Blinken à Paris et à la faculté de droit avec Barack Obama !
Avec son coauteur Hussein Agha, Robert Malley remet également en question les fondements de plusieurs décennies de négociations israélo-palestiniennes. Selon lui, la solution à deux États, longtemps présentée comme l’unique issue possible, est devenue une promesse déconnectée de la réalité de l’occupation et de la colonisation. « Sortons de cette paresse intellectuelle et politique qui consiste à dire “on connaît la solution.” Non, on ne la connaît pas. Si on la connaissait, on y serait parvenu. »
Pour de l’information concernant l’utilisation de vos données personnelles - https://omnystudio.com/policies/listener/fr« J’ai accouché de plusieurs ordinateurs top 10 au monde. » Nicolas Dubé, un québécois au cœur de la course à l’IA.
2026-10-08 | 1h 19 mins.Nicolas Dubé évolue depuis plus de vingt ans dans les coulisses de la révolution informatique. Ingénieur de formation, il a commencé à travailler sur l’intelligence artificielle au début des années 2000, avant de consacrer sa carrière à la conception de superordinateurs parmi les plus puissants de la planète. Aujourd’hui vice-président chez Intel, il raconte dans cet épisode un parcours qui l’a mené des laboratoires de l’Université Laval jusqu’au laboratoire mythique d’ Oak Ridge, aux États-Unis, où il a participé à la mise au point de Frontier, le premier superordinateur à franchir la barre de l’exascale. « Un milliard de milliards de calculs par seconde », explique-t-il pour donner la mesure de cette puissance.
Cette course à la puissance de calcul est aussi devenue une course géopolitique. Nicolas Dubé revient sur la rivalité technologique entre les États-Unis et la Chine, sur les puces devenues un enjeu de souveraineté et sur le rôle stratégique des centres de données. Il raconte notamment les dessous parfois rocambolesques de la mise en service de Frontier, jusqu’à la découverte d’algues dans son système de refroidissement — un problème qui a failli mettre en péril l’un des ordinateurs les plus coûteux jamais construits. Pour lui, l’enjeu dépasse largement la performance informatique : « To outcompete, you need to outcompute » — pour être plus compétitif, il faut être capable de faire davantage de calcul.
Mais au-delà de la compétition entre puissances, cette puissance de calcul pourrait transformer notre capacité à comprendre et à agir sur le monde. Modélisation climatique, prévision des phénomènes météorologiques, jumeaux numériques, fusion nucléaire : l’intelligence artificielle et le supercalcul pourraient accélérer des découvertes encore difficiles à imaginer. Nicolas Dubé se montre également résolument optimiste face aux craintes entourant l’IA. « À la base, les AI, c’est pas maléfique, mais pas bienveillant non plus », dit-il, rappelant que les objectifs donnés aux systèmes sont ultimement définis par des humains. Dans cet épisode, il nous plonge ainsi au cœur d’une révolution technologique où se croisent science, énergie, sécurité nationale et rapports de force géopolitiques.
Pour de l’information concernant l’utilisation de vos données personnelles - https://omnystudio.com/policies/listener/frDroit d’asile : « On a vraiment fait notre part, je pense que l’on peut dire trop ». Entretien avec le chef du Parti libéral du Québec, Charles Milliard.
2026-09-14 | 1h 21 mins.À quelques semaines de l’élection québécoise, Charles Milliard vient défendre sa vision et son projet pour le Québec. Le chef du Parti libéral du Québec aborde de front les grands enjeux qui marquent la campagne : logement, immigration, construction, langue française et relations avec le reste du Canada. Il confirme son ambition de construire 100 000 logements supplémentaires par année et plaide pour un changement de culture dans la manière de bâtir au Québec : « Il faut arrêter d’acheter cheap au Québec parce que quand on achète cheap, il faut réparer dix ans plus tard. »
Sur la question de l’immigration, Charles Milliard appelle à davantage de nuance dans un débat qu’il juge particulièrement sensible. S’il reconnaît les limites de la capacité d’accueil du Québec et la nécessité d’une meilleure répartition des demandeurs d’asile au Canada, il refuse d’en faire l’explication de tous les problèmes. « Le message, c’est que les immigrants, c’est la source de tous nos problèmes », dit-il en évoquant certains discours politiques, avant d’ajouter : « Le ton est important. Je crois au ton en politique. »
Un échange qui mène aussi à la situation des Haïtiens détenteurs d’un statut temporaire aux États-Unis et à la capacité du Québec à leur ouvrir ses portes.
Pour de l’information concernant l’utilisation de vos données personnelles - https://omnystudio.com/policies/listener/fr- À quelques jours du déclenchement de la campagne électorale québécoise, Ruba Ghazal avance avec une ambition assumée : « Moi, je travaille pour devenir première ministre. C’est ce que je veux faire. C’est à ça que j’aspire. » La co-porte-parole de Québec solidaire, qui publie également Les gens du pays viennent aussi d’ailleurs, revient dans cet épisode sur un parcours personnel marqué notamment par le désir d’avoir des enfants et le deuil de ne pas en avoir eu.
Économie, fiscalité, services publics, éducation, logement, immigration : la députée défend une conception de l’État qui ne s’oppose pas au marché, mais refuse de lui abandonner les commandes. À rebours de plusieurs clichés, elle refuse de faire de l’argent le mal absolu. Et contrairement à la campagne de 2022, la gauche solidaire tend aujourd’hui la main aux Québécois dont le patrimoine est inférieur à 25 millions de dollars. Pas question de tondre ces électeurs qui forment peut-être la nouvelle classe moyenne !
Sur l’immigration, elle plaide pour une politique d’intégration résolument francophone et refuse de faire reposer sur les femmes le devoir « d’avoir des trâlées d’enfants » pour soutenir la démographie. Face à la menace d’expulsion de milliers d’Haïtiens des États-Unis, elle affirme sans détour que le Québec a la responsabilité morale d’en accueillir s’ils se présentent à la frontière.
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Stéphan Bureau mène de longs entretiens avec des invités qui pensent, créent ou façonnent notre monde. Dans l’air du temps sans être dans l’actualité brûlante, Contact se veut une tribune plurielle pour sortir des sentiers battus du prêt-à-penser.
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