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Choses à Savoir
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    Comment un simple test sanguin peut détecter Alzheimer ?

    2026-1-21 | 1 mins.
    Pendant des décennies, Alzheimer a été une maladie que l’on « voyait » surtout trop tard. On attendait que les symptômes apparaissent — trous de mémoire, désorientation, difficultés à parler — avant d’envisager des examens spécialisés. Mais le problème, c’est qu’à ce moment-là, le cerveau a déjà subi des dégâts importants. Et c’est exactement là que le test sanguin change tout.

    Des chercheurs de l’Université de Pittsburgh ont validé une nouvelle plateforme capable d’analyser, dans une simple prise de sang, plus de 100 biomarqueurs associés à la maladie d’Alzheimer. L’idée est révolutionnaire : au lieu de chercher UN seul indicateur, on obtient une photographie beaucoup plus complète de ce qui se passe dans le cerveau, bien avant que le patient ne s’en rende compte.

    Mais comment est-ce possible, alors que le cerveau semble si loin du sang ? En réalité, Alzheimer laisse des traces biologiques. Quand la maladie démarre, certaines protéines anormales s’accumulent : la bêta-amyloïde, puis la protéine tau, notamment sous une forme particulière appelée « tau phosphorylée ». Parallèlement, le cerveau déclenche une réaction inflammatoire, les cellules nerveuses se fragilisent, les connexions entre neurones se dégradent… Et une partie de ces signaux finit par être détectable dans le sang, sous forme de protéines circulantes.

    L’innovation de Pittsburgh repose donc sur une approche « multi-biomarqueurs ». Elle mesure à la fois les marqueurs classiques — amyloïde, p-tau — mais aussi des protéines liées à l’inflammation, aux vaisseaux sanguins du cerveau et au dysfonctionnement synaptique, c’est-à-dire la communication entre neurones. En clair : Alzheimer n’est pas une maladie à une seule cause, et ce test l’aborde enfin comme ce qu’elle est… un puzzle.

    Les implications sont énormes. D’abord, pour le diagnostic : une prise de sang pourrait éviter des examens lourds comme la ponction lombaire ou des scans PET, très coûteux et rares. Ensuite, pour la détection précoce : on pourrait identifier des patients à risque avant les symptômes, au moment où les traitements ont le plus de chances d’agir.

    Enfin, ce test ouvre la voie à une médecine beaucoup plus personnalisée : choisir le bon patient, le bon traitement, au bon moment. Et suivre l’évolution de la maladie simplement, au fil du temps. C’est peut-être là, la vraie révolution : transformer Alzheimer d’une fatalité tardive en maladie détectable tôt… donc, potentiellement, freinable.

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    Pourquoi notre cerveau nous empêche de faire ce que l’on déteste ?

    2026-1-19 | 2 mins.
    Quand on doit commencer une tâche qu’on déteste – appeler quelqu’un, faire de l’administratif, se mettre au sport, écrire un texte difficile – on croit souvent que le problème vient d’un manque de discipline. En réalité, une étude publiée dans la revue Current Biology suggère que c’est parfois le cerveau lui-même qui actionne un véritable “frein motivationnel”, au moment où il faut passer de l’évaluation à l’action.

    Le point de départ est simple : avant d’agir, le cerveau calcule une sorte de rapport coût/bénéfice. Mais ce calcul ne se limite pas à la récompense finale. Il inclut aussi le coût émotionnel immédiat : effort, inconfort, stress, ennui, peur de l’échec. Les chercheurs ont voulu comprendre comment le cerveau transforme cette évaluation en une décision très particulière : non pas choisir une autre action… mais carrément ne pas commencer.

    Pour cela, ils ont travaillé sur des macaques entraînés à effectuer des tâches en échange d’une récompense. Dans une condition, la tâche apportait uniquement de l’eau. Dans l’autre, elle apportait toujours de l’eau, mais avec un “prix” désagréable : un souffle d’air au visage. Les animaux avaient le choix de commencer ou non. Résultat : face à la tâche désagréable, ils hésitent davantage, et parfois renoncent complètement, même si la récompense reste intéressante. Autrement dit : ils savent, ils comprennent… mais ils ne se lancent pas.

    Les enregistrements neuronaux montrent alors un jeu à deux régions clés : le striatum ventral et le pallidum ventral. Le striatum ventral s’active fortement quand une action est associée à un élément aversif : il envoie comme un signal d’alerte. Le pallidum ventral, lui, ressemble davantage à un interrupteur “GO”, impliqué dans l’initiation de l’action. Plus l’animal se rapproche du renoncement, plus l’activité du pallidum ventral chute : comme si le bouton de démarrage s’éteignait progressivement.
    L’expérience la plus parlante consiste à bloquer sélectivement la connexion entre ces deux zones, grâce à une méthode de type chimogénétique. Quand ce lien est inhibé, les animaux commencent beaucoup plus facilement la tâche aversive… sans que leur capacité à estimer la récompense et la punition soit modifiée. Ce n’est donc pas leur jugement qui change, mais le passage du jugement à l’action.

    Conclusion : notre cerveau nous empêche de commencer certaines tâches parce qu’il interprète l’inconfort anticipé comme un danger à éviter. Ce mécanisme était utile pour survivre. Mais aujourd’hui, il se déclenche pour des tâches simplement pénibles… et nous fait procrastiner.

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    Combien de temps faut-il au cerveau pour oublier le tabac ?

    2026-1-16 | 2 mins.
    Arrêter de fumer soulève une question centrale : combien de temps faut-il au cerveau pour “oublier” le tabac ? La réponse des neurosciences est claire : l’oubli n’est ni instantané ni uniforme. Il s’agit d’un processus progressif, mesurable biologiquement, qui se déploie sur plusieurs semaines à plusieurs mois.

    La nicotine agit directement sur le cerveau en se liant aux récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine, très présents dans les circuits de la récompense. Chez les fumeurs, ces récepteurs deviennent anormalement nombreux : on parle d’up-régulation. Le cerveau s’adapte ainsi à une stimulation artificielle et répétée. Tant que ces récepteurs restent sur-exprimés, le manque se fait sentir : irritabilité, anxiété, troubles du sommeil, envies irrépressibles.

    Une étude de référence, publiée dans The Journal of Nuclear Medicine par Cosgrove et ses collègues, a permis de mesurer précisément ce phénomène grâce à l’imagerie cérébrale. Les chercheurs ont montré que le nombre de récepteurs nicotiniques revient à un niveau comparable à celui des non-fumeurs après environ 3 à 4 semaines d’abstinence, soit autour de 21 à 28 jours. Ce résultat est fondamental : il indique que, sur le plan strictement neurobiologique, le cerveau commence réellement à “désapprendre” la nicotine au bout d’un mois.

    Mais oublier le tabac ne se limite pas à ces récepteurs. La nicotine modifie aussi durablement le système dopaminergique, qui régule motivation, plaisir et anticipation de la récompense. Chez les fumeurs, la dopamine est libérée de façon artificielle, ce qui désensibilise progressivement le système. Après l’arrêt, cette signalisation dopaminergique est temporairement affaiblie, expliquant la baisse de motivation et le sentiment de vide souvent rapportés. Les études suggèrent que la normalisation fonctionnelle de ces circuits prend plusieurs mois, généralement entre deux et trois mois, parfois davantage selon l’intensité et la durée du tabagisme.

    À cela s’ajoute une troisième dimension : la mémoire comportementale et émotionnelle. Le cerveau n’oublie pas seulement une substance, il doit aussi se détacher d’associations profondément ancrées : fumer avec un café, en situation de stress, ou dans des contextes sociaux précis. Ces automatismes reposent sur les ganglions de la base et peuvent persister longtemps, même lorsque la dépendance biologique a disparu.

    En résumé, le cerveau commence à oublier le tabac après trois à quatre semaines, lorsque les récepteurs nicotiniques se normalisent. Mais un rééquilibrage complet des circuits de la récompense et des habitudes peut prendre plusieurs mois. Ce n’est donc pas une question de volonté, mais de neuroadaptation progressive : le cerveau a appris à fumer, et il lui faut du temps pour apprendre à vivre sans nicotine.
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    Pourquoi l'endormissement ne s'effectue-t-il pas en douceur ?

    2026-1-14 | 1 mins.
    Quand on se couche, l’intuition nous dit que nous nous laissons doucement aller vers le sommeil — un peu comme une pente descendante. Pourtant, le cerveau ne glisse pas progressivement dans l’inconscience : il bascule, comme si un interrupteur était soudainement actionné.

    Une étude récente publiée dans Nature Neuroscience montre exactement cela : l’endormissement n’est pas un déclin lent et continu, mais une transition nette et rapide, appelée bifurcation, où le cerveau passe d’un état stable d’éveil à un état stable de sommeil en quelques instants seulement.

    Dans cette recherche, des scientifiques ont analysé des électroencéphalogrammes (EEG) de plus de 1 000 personnes pendant leurs nuits de sommeil. Ils ont transformé les signaux électriques du cerveau en une trajectoire dans un espace multidimensionnel de caractéristiques EEG. Ce modèle mathématique a révélé qu’à un certain moment précis, l’activité cérébrale franchit un seuil critique : les variations des signaux deviennent soudaines, rapides et coordonnées — signes d’un changement d’état radical du système cérébral.

    Ce point de bascule n’est pas une légère accélération : avant lui, l’activité cérébrale reste relativement stable. Puis, en quelques minutes seulement, souvent autour de 4 à 5 minutes avant l’endormissement objectivement défini, l’ensemble du réseau neuronal change d’organisation et le cerveau tombe littéralement dans le sommeil. C’est ce qu’on appelle un phénomène de bifurcation, analogue à la façon dont un bâton plié finit par se rompre soudainement lorsqu’on atteint une certaine pression.

    Et ce qui rend cette découverte encore plus fascinante, c’est que les chercheurs ont pu prédire ce basculement avec une précision exceptionnelle, presque en temps réel : grâce au modèle et aux données EEG individuelles, ils ont pu anticiper le moment exact où une personne allait basculer dans le sommeil avec une précision de l’ordre de la seconde.

    Ainsi, loin d’être une dégradation progressive de la vigilance, l’endormissement ressemble à un “commutateur” neuronal qui se déclenche : l’état d’éveil reste stable puis, arrivé à une zone critique, le cerveau franchit rapidement une barrière dynamique pour entrer dans le sommeil.

    Cette découverte bouleverse notre compréhension classique du sommeil. Elle ouvre non seulement des perspectives théoriques nouvelles sur la manière dont le cerveau contrôle les états de conscience, mais elle pourrait aussi améliorer les stratégies de diagnostic et de traitement des troubles du sommeil, et même la conception de technologies qui détectent ou facilitent l’endormissement.
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    Pourquoi notre cerveau sabote rapidement nos résolutions du Nouvel An?

    2026-1-12 | 2 mins.
    Chaque mois de janvier, le scénario se répète. Nous prenons des résolutions ambitieuses — faire du sport, mieux manger, moins procrastiner — et pourtant, avant même le 8 janvier, beaucoup ont déjà abandonné. Ce n’est pas un manque de volonté. C’est le fonctionnement normal du cerveau.

    Première explication : le conflit entre deux systèmes cérébraux. D’un côté, le cortex préfrontal, siège de la planification, des objectifs à long terme et du contrôle de soi. De l’autre, les structures plus anciennes du cerveau, comme le système limbique, orientées vers le plaisir immédiat et l’économie d’énergie. Or, le cortex préfrontal est énergivore, lent et fragile face à la fatigue. Une étude publiée dans Nature Neuroscience montre que l’autocontrôle repose sur des réseaux neuronaux limités : plus on les sollicite, plus leur efficacité diminue au fil des jours.

    Deuxième facteur clé : la dopamine, souvent mal comprise. Contrairement à une idée reçue, la dopamine ne récompense pas l’effort futur, mais l’anticipation d’une récompense immédiate. Au début de janvier, l’idée de “nouvelle vie” stimule fortement le système dopaminergique. Mais très vite, l’absence de récompense rapide — un corps plus sportif, moins de stress, plus d’énergie — provoque une chute de motivation. Des travaux publiés dans Neuron montrent que lorsque l’effort n’est pas suivi d’un retour rapide, le cerveau réduit spontanément l’engagement.

    Troisième élément : le stress et la charge mentale. Janvier n’est pas un mois neutre : reprise du travail, fatigue hivernale, contraintes familiales. Or le stress chronique inhibe le cortex préfrontal et favorise les comportements automatiques. Une étude de 2015 dans Proceedings of the National Academy of Sciences a démontré que sous stress, le cerveau bascule vers des habitudes déjà installées, même si elles vont à l’encontre de nos objectifs conscients.

    Enfin, le cerveau déteste les changements trop brutaux. Les résolutions reposent souvent sur une rupture radicale : “tout arrêter”, “tout changer”. Or l’apprentissage neuronal fonctionne par micro-ajustements répétés, pas par transformation soudaine. Les neurosciences de l’habitude, notamment les travaux de Wendy Wood, montrent que plus de 40 % de nos comportements quotidiens sont automatiques — et profondément résistants au changement volontaire.

    Si vos résolutions échouent avant le 8 janvier, ce n’est pas une faiblesse personnelle. C’est votre cerveau qui privilégie la survie, l’économie d’énergie et la récompense immédiate. La solution n’est pas plus de volonté, mais des objectifs plus petits, des récompenses rapides et des changements progressifs. Autrement dit : travailler avec votre cerveau, et non contre lui.
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About Choses à Savoir CERVEAU

Pour tout comprendre, jour après jour, sur le fonctionnement du cerveau. Textes de Christophe Rodo, neuroscientifique, jusqu’en septembre 2024. Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.
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